Si je devais emporter avec moi en enfer une seule chanson, laquelle je choisirais ? Une qui, à chaque fois que je l'entends, me donne la chair de poule, me rend triste et me donne envie de pleurer quand elle est chantée avec émotion: je suis malade.

Le dernier souvenir que j'ai de cette chanson, c'était il y a quelques années, au restaurant d'une station thermale normande. La cure était finie pour Anne et moi et nous allions rentrer chacun de notre côté le lendemain. Anne était triste et me reprochait dans son langage délicat, de la considérer comme une escort-girl, une femme qu'on appelle quand on a envie de sortir et qu'on a personne d'autre sous la main. Je l'ai interrompu "excuse-moi, il faut que j'aille aux toilettes"

- Oh pardon, je te gave avec mes jérémiades...

- Mais non, arrête, c'est pas ça ! je reviens tout de suite

Dans les toilettes du casino, les hauts-parleurs diffusaient Je suis malade. Je suis resté là à écouter cette chanson en me lavant les mains. Ca m'a rappelé qu'il n'y avait pas si longtemps que ça, j'avais aimé quelqu'un et que j'avais été triste de ne pas être aimé en retour. C'est souvent triste, l'amour, quand on y pense ! Je ne savais pas si Anne m'aimait mais moi je comprenais à ce moment-là, en écoutant cette chanson, que moi, je n'étais pas amoureux d'elle, et qu'on ne peut pas, comme ça, décider que l'on aime quelqu'un, mais je me disais que c'était cruel de dire à une femme avec qui je venais de passer une semaine que je ne l'aimais pas et que je n'avais aucune intention de vivre avec elle. Je suis resté là, perdu dans mes pensées je ne sais pas combien de temps. Quand j'ai rejoint notre table, elle n'était plus là.